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Les pigments

Nous ne ferons qu'effleurer un sujet qui touche tous les domaines de connaissance et mériterait un développement qui dépasse les limites d'un site restreint comme celui-ci. Il nous faut, néanmoins l'envisager parce que les pasteliers comme les pastellistes sont gens de pigments.

Les pigments des teinturiers

Commençons par celui autour duquel nous tournons depuis un moment :

L'indigo

Ce que vous avez pu lire sur la cuve de pastel au cours des pages précédentes, est une extrapolation. En effet ces techniques sont décrites avec précision depuis le 18 ème siècle*, une époque où la cuve de pastel était entretenue par des apports réguliers d'indigo. Celui-ci, en provenance d'Amérique centrale, des Indes ou des îles de l'océan Indien, était importé depuis le milieu du 17ème.
Avant l'arrivée de l'indigo aucun texte n'est disponible.
Ce site étant consacré au pastel laissons de côté ce qui concerne l'indigotier, sa culture, la récolte et la préparation de l'indigo, pur à 45% dans le meilleur des cas, qui arrivait dans l'atelier de teinture. Néanmoins nous allons nous attarder sur l'indigo car pour ceux qui font peut-être de la prose sans le savoir il est temps de préciser que la matière colorante du pastel, c'est ... l'indigo .

Formule
Indigo ou indigotine
C16H10N2O2 ou 2(C8H5N0)
Formule
Isatan B
Indoxyl-5-cétoglucoside

Une certaine confusion règne dans la nomenclature des molécules qui nous concernent ici. Les teinturiers, les chimistes puis les médecins et biologistes y ont, pendant 3 siècles, apporté leur contribution.
Essayons d'être clairs : dans la plante existe un sucre complexe (glucoside) incolore et soluble dans l'eau, souvent nommé indican. Celui-ci en présence d'eau et d'un acide faible se décompose en sucre et en colorant insoluble. Oui, vous avez raison de sursauter, il n'existe pas de colorant insoluble en teinturerie. Pour qu'il y ait teinture le colorant doit être dissout (c'est pas cher) dans le solvant et le tissu ou la fibre doit pouvoir y être mouillé (d'où le mordançage). C'est bien là toute la complexité de la cuve de pastel.
Ce "colorant insoluble" peut être réduit en un colorant soluble mais incolore !!! Une fois la fibre textile imprégnée de cet "indigo blanc" une oxydation le transforme en "indigo bleu". Magique. Comme en devenant bleu il est redevenu insoluble on comprend que la couleur résiste aux lavages (bon et grand teint).

Formule
Indoxyl
Formule
Glucose
(C6 H12 O6)

Avant de quitter la teinture pour la peinture nous vous proposons un tour rapide des principaux pigments du grand et bon teint ainsi que ceux du petit teint. Notons qu'il s'agit d'une distinction affectant la seule laine.

Grand teint

Nous savons donc que le grand teint est obtenu par l'usage d'un colorant insoluble rendu soluble le temps de la teinture puis qui redevient insoluble pour durer et résister aux lavages. Il n'y en a que trois : le pastel, la garance et la gaude; bleu, rouge, jaune, trois couleurs primaires qui permettent d'obtenir toutes les autres.

La racine de la garance fournit l'alizarine qui colore en rouge depuis l'Egypte antique, du Japon à l'Europe en passant par l'Asie centrale. Les curieux peuvent trouver ICI une recette d'apéritif à base de garance.

La gaude, un réséda, contient un flavonoïde la lutéoline désormais obtenu par synthèse. Si vous passez en Bresse et aimez la "gaudriole" profitez-en pour manger des gaudes; ce sont des pâtisseries roboratives, spécialités locales qui n'ont rien à voir avec ce dont nous parlons !

Formule
Lutéoline
Gaude
Formule
Alizarine
Garance

Petit teint

Ce sont :

Les autres

Outre l'indigo du pastel les anciens teinturiers utilisaient un grand nombre de pigments tirés aussi bien des règnes végétal qu'animal.

Le pourpre des phéniciens venait de mollusques (des gastéropodes) le murex.

L'écarlate, ou plutôt le carmin, était extrait du kermès, un insecte (une cochenille).

Formule
Pourpre antique
et cardinalice
Image Orcanette
Alkanna tinctoria
Orcanette

Il est intéressant de constater la parenté de structure de ces molécules, en particulier comment avec 2 atomes de brome l'indigo devient du pourpre.

L'orseille un lichen qui donne la pourpre française; souvenez-vous de vos travaux pratiques de chimie, le papier-tournesol, indicateur de PH, utilise toujours l'orseille : rouge en milieu acide, lilas à PH 7 et violet et même bleu en milieu alcalin.

L'Orcanette qui pousse dans les sables méditérranéens et dont les jolies fleurs bleues cachent une racine fournissant un colorant rouge.

Le genêt, à côté des balais ses fleurs jaunes donnent un pigment ... jaune. Il a longtemps été utilisé avec le pastel pour teindre en vert.

Les baies de myrtille qu'il est bien préférable de consommer, d'autant qu'elles améliorent la vision, sont antidiarrhéiques et traitent la cystite ! Hildegarde de Bingen en était très satisfaite.

Les tanins du cachou qui protégeaient nos voiles les coloraient et égayaient nos côtes.

la violette, la noix de galle, l'écorce de noyer, le brou de noix, la laque...

Puis d'Amérique nous vinrent le bois rouge de Fernambouc, le rocou, le bois de Campèche, le rouge Brazil et finalement la chimie moderne synthétisa les molécules de ces pigments...

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