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La guerre de 70 et les peintres

Après un bref rappel des évènements de la période cette page envisage l'attitude et le comportement des peintres que vous trouvez sur l'ensemble de ce site.

Le 19 juillet la France déclare la guerre à la Prusse. Les journaux coupables de n'avoir pas vérifié leur information, et Bismarck par la dépèche d'Ems sont les responsables, immédiats, de cette tragédie.
En août, déjà, l'Alsace est perdue.
Le 2 septembre capture de Napoléon III, à Metz, entraînant la reddition de l'armée avec 120 000 hommes à Sedan.
Le 4 septembre proclamation de la République.
Du 17 septembre au 26 janvier c'est le siège de Paris dont Etienne Arago est le maire.
Le 18 janvier naissance du Reich, le roi de Prusse, Guillaume 1er est proclamé Empereur (Kaiser) dans la Galerie des Glaces à Versailles.
Armistice le 28 janvier.
Du 10 mars au 26 mai c'est la Commune de Paris qui s'achève par la semaine sanglante au cours de laquelle les Versaillais fusillent les Communards qui fusillent l'Archevèque et incendient le Palais des Tuileries.

Le 10 août Bazille s'engage dans le 3è Zouave, il trouvera la mort le 28 novembre à la bataille de Beaune-la-Rolande.
Outre Bazille au talent fulgurant, peut-être le plus doué de ceux qui allaient devenir les Impressionnistes, et dont nous venons de dire pourquoi l'oeuvre s'arrête trop tôt, voyons comment nos peintres traversèrent cette période noire.
Manet, Degas, Maître (musicophyle ami de Bazille), Alfred Stevens (pourtant belge) s'engagent en septembre dans la Garde Nationale, Zola qui était avec eux est récusé pour myopie, tandis que Courbet, admirateur de Proudhon et Bakounine, s'emploie à grenouiller dans les sphères du nouveau pouvoir républicain.
Regnault (prix de Rome) et son ami Carlier (le sculpteur) s'engagent aux Volontaires de Montrouge. Il est tué, à 27 ans, le 19 janvier, à la bataille de Buzenval: une tentative de sortie pour briser le siège de Paris qui vit la constitution d'unités mixant des troupes régulières et des Francs-tireurs. Sa mort, la nuit au cours de la retraite dans le bois de Saint-Cucufa, a été représentée par Duran :

Peinture
Carolus Duran
Henri Regnault mort

et figure dans la toile de Meissonier (adossé au piédestal).

Peinture
Ernest Meissonier
Le siège de Paris

Albert Coinchon, peintre et caricaturiste, trouve la mort, lui aussi, à la même bataille, à 25 ans. Il travailla avec Gill pour les caricatures de presse mais fut aussi un illustrateur de Victor Hugo entre autre des Châtiments.
Les Tirailleurs de la Seine, constitués en septembre, regroupèrent nombre d'artistes : les peintres Jules Balavoine, Berne-Bellecour, Gustave Jacquet (dont les portraits aux pastels, pourtant nombreux restent introuvables), Louis Leloir, Eugène Leroux qui refusa, pendant le Commune, son inscription par Courbet à la Commission des artistes, James Tissot, Vibert (également auteur d'opérettes), les graveurs Jacquemart et Rajon, le sculpteur Cuvelier, tué, lui aussi à la bataille de Buzenval (sortie de Malmaison).

Peinture
Étienne-Prosper Berne-Bellecour
Les Tirailleurs de la Seine au combat de Rueil-Malmaison le 21 octobre 1870

Joseph Reyman qui abandonne ses études à l'Atelier de Gérome pour entrer dans la Compagnie des Francs-tireurs de la presse participe lui-aussi à la bataille de Buzenval. Alfred Roll pour sa part sera Lieutenant de milice. Octave Saunier qui réside à Marlotte va être Franc-tireur en forêt de Fontainebleau qu'il connaît bien.

Monet, la honte, se réfugie en Angleterre où il rejoint Pissaro et Daubigny avec qui il part aux Pays-Bas. Il fera le mariole, 48 ans plus tard (à 78 ans) en refusant de quitter Giverny : "M... pour les boches" déclarera-t-il crânement ! (Lors des cérémonies du 11 novembre on a souvent vu, dans nos villages, des "planqués" faire les fiérots devant les Monuments-aux-Morts. On aurait même vu, mais nous ne pouvons le croire, un prétendu chef des armées ayant trouvé le moyen de ne pas faire le Service militaire être hélitreuillé sur un sous-marin et se déguiser, façon martial, avec une panoplie livrée probablement par le Père Noël.)
Renoir, qui a refusé de le suivre, est incorporé au 10è Chasseur. (à Tarbes)
Cézanne n'obtempère pas à sa convocation et sera porté déserteur. Ce "réfractaire" se dérobe aux gendarmes qui le recherchent en se réfugiant dans une bergerie isolée de la campagne aixoise que son père vient d'acquérir : Le Jas de Bouffan dont il fit le sujet de plusieurs tableaux.
Sisley, de nationalité britannique, reste chez nous, dispensé.

Vous ne trouverez pas Courbet dans les pages de ce site, il n'est pas pastelliste, mais c'est ici l'opportunité de glisser un mot sur ce précurseur, père du Réalisme, à la fois académique par la technique et novateur par ses sujets. Obèse graveleux il n'a cure des critiques mais sait se ménager des admirateurs. Aujourd'hui encore de quelconques "comités Théodule" s'agitent pour faire entrer au Panthéon celui que Dumas considérait comme le fruit des amours d'une limace et d'un paon.
Voici ce que Delacroix dans son journal (15 avril 53) écrit après avoir vu son tableau Les Baigneuses (musée Fabre à Montpellier) :
"La vulgarité des formes ne ferait rien; c'est la vulgarité et l'inutilité de la pensée qui sont abominables;..."
Durant la Commune il se fait élire au conseil (le 25 mars), en protecteur des arts il s'acharne sur la colonne Vendôme. Il fera six mois de prison avant d'être condamné à régler les frais considérables (plus de 300 000 Francs-or) de la reconstruction. Ruiné, dépouillé, saisi, il se réfugie en Suisse d'où il ne sortira plus.
Un cas de sottise satisfaite que ne parvient pas à cacher un énorme talent et un travail soutenu.

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